« Chère Amie, Cher Ami d’Éric Zemmour, la censure de la gauche est en marche ». Une jolie missive matinale vient de m’être envoyée par Diane Ouvry, porte-parole des Amis d’Éric Zemmour, d’ailleurs Éric himself m’a aussi écrit pour me dire qu’il m’aime. « Le président PS du département Stéphane Troussel tente de faire annuler le grand rassemblement de dimanche à Paris Villepinte : il a initié une pétition contre Éric Zemmour et contre vous, pour vous empêcher de vous réunir. Quelle honte ! » Diable ! Il existerait donc en France des gens qui font… des pétitions ?!

J’avoue que je m’attendais à ce qu’il y ait des menaces d’arrosage au napalm, des hordes de femmes butin-des-hommes (« les femmes sont le but et le butin de tout homme doué qui aspire à grimper dans la société », La France n’a pas dit son dernier mot, ed. Rubempre) bombardant les zemmouriens de tampons usagers, des « hordes des banlieues » (Tribune des militaires) armées de « mortiers » et des nuées d’islamistes-dynamite-Allahou-akbar. Ben non, juste une pétition.

C’est vrai que des CGTistes et des militants antifascistes avaient prévu de manifester près du Zénith de Paris. Le Conseil municipal du 19ème craignait même un « risque de trouble à l’ordre public » car 3000 personnes ont défilé à Paris le 27 novembre « contre l’extrême droite et le racisme » et « contre l’idéologie » brune, et que des associations de gauche et Action antifasciste Paris-Banlieue se préparaient à bloquer l’accès au meeting. L’accueil glacial marseillais a sûrement fait des émules et la rencontre Zénithale risquait d’être mouvementée. Mais promis, ce n’est pas à cause de ces « menaces » que le meeting a été déplacé à Villepinte. Soi-disant 19 000 personnes sont attendues dimanche 5 décembre, or le Zénith ne peut en contenir que 6000, alors qu’au Parc des expositions de Villepinte, on peut aller jusqu’à 80 000 selon Nicolas Sarkozy (meeting de 2017).

Donc, j’apprends dans ce mail que nous sommes si nombreux à vouloir soutenir le candidat pétainiste, qu’on bouge finalement dans un lieu plus cyclopéen. Ah oui, j’ai oublié de dire que si je reçois les bafouilles maurrassiennes, c’est que je me suis inscrit pour participer à ce rendez-vous, uniquement pour gonfler artificiellement leur jauge, et dans l’espoir qu’ils se retrouvent seulement à huit personnes, Nosferatu et ses copains.

« Quelle bonne nouvelle ! Vous êtes tellement nombreux à vouloir assister au meeting de ce dimanche 5 décembre que nous le déplaçons du Zénith de Paris au Parc des Expositions de Villepinte ». Bah, comme on me dit que c’est une bonne nouvelle, je me dois d’être en joie. « Le parvis du Zénith n’était pas envisageable pour mettre un écran » selon Olivier Ubéda (directeur des déplacements publics, BFM Le Live Toussaint du 2/12/21), « on créait aussi du danger pour le public qui ne pouvait pas rentrer (…) au regard des manifestations autour d’Eric Zemmour, qui sont violentes, par des antifas qui viennent faire le coup de poing ».

Donc, les violents gauchistes manifestent et le PS fait signer une pétition ; ce ne sont assurément pas des actions démocratiques aux yeux de Diane, qui m’informe ce matin que « selon les sondages, le PS ne représente plus grand-chose, mais il y a encore des élus accrochés à leurs postes et qui s’en servent pour étouffer la liberté d’expression. C’est scandaleux ! Il est grand temps de remettre de l’ordre et de contrer ces pratiques oligarchiques. »

Si j’étais vraiment un supporter du vieux fripé, j’hésiterais à me rendre sur un lieu de guerre ce week-end, au cœur d’un affrontement avec les « petits soldat antifas » mobilisés par la gauche « pour semer le trouble. » Même si Diane tente de me rassurer avec un « service de sécurité [qui] a bien fait les choses », en précisant que « ce n’est pas la première fois que ces militants d’extrême-gauche tentent de faire taire Éric Zemmour… sans succès ! ».

J’imagine la « mobilisation irrésistible » bucolique dominicale : violences, CRS, antifas, terrifiante pétition, lacrymos et bombes de désencerclement sur fond de Septième symphonie post-apocalyptique. Diane, confiante, ajoute pourtant que je peux venir en famille, organiser du covoiturage avec mes potes pour « une assemblée mobilisée autour de notre champion », car « il reste encore des places ! » J’ai répondu que s’il reste encore des places gratuites, j’en veux bien une dizaine, ou une cinquantaine, bah va pour deux mille !

Par Bob