L’association de défense des animaux L214 lance une action nationale pour encourager Carrefour à diminuer de moitié le nombre d’animaux tués quotidiennement. Elle dénonce notamment des conditions d’élevage intensif et insalubre par ses fournisseurs. A l’occasion du Black Friday, « la réduction qu’on veut, c’est 50% d’animaux tués en moins », disent les militants devant une trentaine d’enseignes en France. Reportage à Nice.

Par Edwin Malboeuf

« On aimerait que Carrefour s’engage à moins 50% d’animaux tués d’ici 2030 ». Depuis 10 heures du matin, Sonia, militante chez L214, association de défense des animaux, distribue des tracts au flux ininterrompu de voitures. Sur celui-ci, un faux coupon de réduction (-50% d’animaux tués) à déposer à l’accueil de Carrefour. « Je comprends, je suis végétarienne », lui répond l’une des automobilistes.

Ils sont une quinzaine ce samedi 29 novembre à s’être donné rendez-vous devant le Carrefour du quartier Lingostière, à l’ouest de Nice. A l’occasion du Black Friday, ce moment de surconsommation aux prix cassés venu des Etats-Unis, pour le vendredi précédent ThanksGiving, l’association L214 a lancé une opération nationale visant une trentaine de Carrefour. Cette action s’inscrit dans la campagne « le sauvetage du siècle » qui vise à interpeller tous les maillons de la chaîne de production. Des élus politiques aux centrales d’achat, en passant par les fournisseurs. « Le but est de faire reculer les pires pratiques. C’est une transition », explique Loïc. « On veut foutre un peu le bazar pour que Carrefour nous entende », dit Cécile, sourire aux lèvres et coupe-vent orange vif, floqué du logo de l’association et du slogan : « Agir pour les animaux ».

Un ticket de caisse grand de 12 mètres est déployé devant le Carrefour de Nice Lingostière, ce samedi 29 novembre par les militants de L214. Il représente les 330 000 animaux terrestres tués chaque jour par Carrefour.

Un ticket de caisse de 12 mètres, symbolisant les 12 kilomètres qu’il faudrait pour énumérer les 330 000 animaux terrestres tués chaque jour par l’enseigne, est déployée sur le parking. En effet, la sécurité intervient rapidement pour demander aux militants de s’éloigner de l’entrée. Ils s’exécutent mais continuent leur action, montrant également des panneaux de cochons derrière des barreaux. Les images proviennent de deux éleveurs en Bretagne dont l’enquête de L214 a révélé les conditions atroces dans lesquelles les porcs sont tenus. « Les animaux vivent sans accès à l’extérieur, dans une grande promiscuité, la plupart sur un sol bétonné. Les truies pour la reproduction sont enfermées la moitié de leur vie dans des cages qui ne leur permettent même pas de se retourner. Des porcelets chétifs sont tués par claquage », indique le communiqué de presse de L214.

Une militante montre aux automibilistes, un panneau où des porcs sont enfermés dans une cage étroite, dans un élevage breton, fournisseur de Carrefour.

Le but est de sensibiliser les consommateurs, mais surtout, de toucher la direction du groupe Carrefour. Celle-ci est au courant depuis avril du Plant Protein Pact (PPP) initié par L214 : « il appelle les enseignes de la grande distribution à s’engager à rééquilibrer les sources de protéines dans leurs ventes avec l’objectif que les protéines végétales représentent au moins 60 % de leurs volumes de protéines vendus à horizon 2030 », peut-on lire sur le site de L214. Selon les données des chambres d’agriculture, la consommation de viande est stagnante depuis une quinzaine d’années. Pourtant, les mouvements antispécistes et les actions associatives se multiplient. « Le combat de L214 fait vraiment avancer les choses. On essaie d’avoir une prise de conscience généralisée. Tout le monde s’accorde contre l’élevage intensif. Les images ont un impact au niveau national. Mais on n’est pas prosélyte », explique Francis, retraité, à L214 depuis 6 ans.

Une militante donne le tract à déposer à l’accueil de Carrefour sur lequel est écrit : « La réduction qu’on veut : -50% d’animaux tués »

« Avant, on était perçu comme extrémiste quand j’ai commencé. Maintenant le regard a changé », raconte Etienne, membre actif depuis 8 ans à L214, qui tient le ticket de caisse de géant. « La réception du tract, c’est moitié-moitié je dirais. Beaucoup de gens nous disent : ça serait bien ! Sinon il y a beaucoup de gens neutres, peu d’insultes », explique Loreleï, l’une des référentes, en tendant le flyer sur lequel est écrit « Les animaux payent l’addition », avec un logo de Carrefour rouge sang.

L214 s’est fait connaître en diffusant des images d’abattoir, montrant des pratiques interdites, les surpopulations, les bêtes agonisantes, la cruauté envers l’animal. Souvent des lanceurs d’alertes, des repentis, ou des militants qui se font embaucher, parviennent à mettre la main sur ces données et les révèlent au grand jour. « L’animal souffre mais l’humain aussi. Les employés de ces abattoirs sont aussi des victimes », nous dit Loïc. « On fait de l’information, en étant pacifique. Nous ne sommes pas dans la culpabilisation », conclut Francis.